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ANALYSE | QUATRE LANGUES EN VOYAGE : LE DESTIN SILENCIEUX D’UN ARTISTE QUI A MARQUÉ L’EST DE LA RDC

Entre 2014 et 2016, difficile de parler de la musique folk dans la région de Butembo, Beni et Lubero sans évoquer le nom de Gervais Paluku Vikwira, plus connu sous le sobriquet de « Quatre langues en voyage ». Grâce à son style original mêlant le Kinande, le Swahili, le Français et le Lingala, ce chansonnier avait réussi à se démarquer sur la scène musicale locale avec plusieurs titres devenus populaires, notamment « Kalume Tund’amuliro », « Omuranyane ni Kakeleya » et « Erivere lya Masika ».

À cette époque, sa musique traversait les villages, les marchés, les radios locales et les débits de boissons. Son folk engagé, porté par des textes riches en messages sociaux et culturels, séduisait un large public. Plusieurs mélomanes voyaient en lui l’un des artistes les plus prometteurs de l’Est de la République démocratique du Congo.

Pourtant, alors que sa carrière semblait prendre une trajectoire encourageante, « Quatre langues en voyage » a progressivement disparu de la scène musicale. Aujourd’hui âgé de 73 ans, l’artiste vit à Kitakongo, un village situé dans la localité de Luutu, en territoire de Lubero. Père de douze enfants, il mène une vie discrète aux côtés de son épouse connue dans le milieu sous le surnom de « femme noire ».

Derrière cette disparition artistique se cache une profonde désillusion. Le griot affirme avoir été victime d’exploitation durant ses années de succès. Selon ses témoignages, plusieurs de ses chansons auraient été reproduites et commercialisées sans son consentement, tandis que certains organisateurs de concerts détournaient les recettes générées par ses prestations.

L’artiste évoque notamment plusieurs expériences douloureuses vécues lors des productions musicales et des concerts organisés dans différentes agglomérations de la région, notamment à Kasindi et Oïcha. Malgré la forte mobilisation du public, il dit n’avoir presque rien gagné financièrement de son travail artistique.

Déçu par ce système qu’il juge injuste envers les artistes locaux, Gervais Paluku Vikwira a choisi de se retirer progressivement de la musique pour se consacrer à un ancien métier : la menuiserie. Dans son atelier artisanal installé à domicile, il fabrique des petites tables, des étagères et des cages afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Même éloigné des grandes scènes, « Quatre langues en voyage » reste attaché à la musique. Dans certains débits de boissons de son village, il continue parfois à jouer de la guitare et à interpréter ses anciennes chansons devant des habitués nostalgiques de son époque de gloire.

Malgré les difficultés traversées, le chansonnier ne considère pas sa carrière comme définitivement terminée. Il affirme garder de nombreuses compositions inédites et se dit prêt à revenir sur la scène musicale si un partenaire sérieux accepte de soutenir son travail dans des conditions honnêtes et transparentes.

Le parcours de « Quatre langues en voyage » illustre une réalité souvent dénoncée dans le secteur culturel congolais : celle des artistes talentueux confrontés au manque de protection, à l’exploitation financière et à l’absence d’accompagnement professionnel. Derrière son silence actuel demeure pourtant une mémoire artistique encore vivante et un talent qui continue de susciter admiration et respect auprès de nombreux mélomanes de l’Est de la RDC.

#Buyo #Art – Média en ligne engagé pour la promotion et la valorisation des talents locaux.

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